
Retours, détours et détournements
Le found footage dans le cinéma expérimental #2
L’histoire du cinéma expérimental est parcourue par le found footage, une pratique de montage qui réemploie des images trouvées. Plus qu’un dispositif d’enregistrement, le médium filmique devient une matière prête à être remise en jeu, manipulée et altérée par une multitude de gestes : gribouiller, peindre, effacer, gratter l’émulsion photosensible, la détériorer par des produits abrasifs ou des processus organiques. Ce programme insolite de sept films met en lumière la façon dont la rencontre entre l’image figurative et le travail plastique sur la pellicule permet de faire jaillir de nouvelles formes sensibles aux significations étonnantes et complexes.
Un programme de 7 courts métrages
BUFFALO LIFTS de Christina BATTLE 2004 / couleur / silencieux / 3′ 00
Un troupeau de bisons tente désespérément de s’accrocher en traversant le cadre.
L’image a été produite en faisant bouillir les images originales et en les remettant sur de la pellicule neuve. – Mike Hoolboom
SILVER RUSH de Cécile FONTAINE 1998 / couleur / sonore / 8′ 00
Fictions, documentaires, publicités, ce film met en scène des chasses en tous genres, dans les décors mythiques du Western américain.
REMOVED de Naomi UMAN 1999 / couleur / sonore / 7′ 00
Des images de films pornos où la femme nue, objet de désirs, est effacée par de la javel et du dissolvant pour les ongles.
O.T.99 de Monika SCHWITTE 1999 / couleur / silencieux / 3′ 00
L’artiste-plasticienne peint sur des images étrangères pour que ce matériau devienne le sien.
K (EXIL) de Frédérique DEVAUX 2008 / couleur / sonore / 9′ 00
Les vues, jamais entières (soit découpées, soit morcelées en entrant dans l’image) alternent positifs et négatifs [… ] pour rendre sensible le déchirement des populations. – FD
REMAINS de Louise BOURQUE 2011 / couleur / sonore / 4′ 50
Une détérioration de la pellicule […] Une complainte sur l’inévitable perte de lisibilité. – LB
TWILIGHT PSALM II: WALKING DISTANCE de Phil SOLOMON 1999 / couleur / sonore / 23′ 00
Imaginez une de ces boîtes de film médiévales qui aurait survécu, rouillée, au cours des siècles, un long-métrage perdu Biograph-Star, une co-production Griffith-Méliès, une bobine double qui nous serait parvenue, disons, depuis l’âge de bronze, une époque à laquelle les images étaient plutôt fondues et bouillies que simplement tournées… – PS
L’intervenante Mariya Nikiforova
Née à Saint-Pétersbourg en 1986, Mariya Nikiforova est une cinéaste et programmatrice travaillant dans le domaine du cinéma expérimental. Elle est responsable de la collection de l’association Light Cone (Paris) depuis 2019, où elle est également chargée de la coordination de la résidence de post-production Atelier 105, ainsi que du centre de documentation. Passionnée de la pratique argentique, elle est membre du laboratoire cinématographique partagé Navire Argo. Dans son travail personnel, elle mène depuis quelques années un projet de recherche-création sur l’héritage de l’urbanisme des périphéries soviétique vu à travers le cinéma et les vidéos d’artistes.
LIGHT CONE est une association à but non lucratif dont l’objectif est la distribution, la connaissance et la sauve- garde du cinéma expérimental dont elle s’attache à assurer la promotion en France et dans le monde.