Regard masculin, amour et sexualisation

Trois Mètres au-dessus du ciel (Fernando González Molina, 2010)

Trois Mètres au-dessus du ciel est aussi connu en Espagne comme Tres metros sobre el cielo, ou Twilight Love dans la version internationale. C'est un film espagnol sorti en 2010, adapté du roman éponyme de Federico Moccia. Il s'agit de la deuxième adaptation du roman, après la version italienne de 2004 : Tri metri sopra il cielo. Réalisé par Fernando González Molina, ce long métrage est sorti en salles le 3 décembre 2010.

Ce film c'est un phénomène cinématographique, qui a eu un grand impact sur un génération de la société espagnole en 2010. L'impact de ce film est surtout local, comme en témoigne clairement son succès au box-office où le chiffre total s'élève à 14.066.238 $. Sur ce total, la part correspondant à l'Espagne est de 13.475.662 $ [1].

Le problème du film, réside dans sa représentation de l'amour comme l'idéalisation d'une relation toxique et l'hypersexualisation d'une femme mineure par un homme adulte. La plupart des jeunes de la société espagnole connaissent ce film, le film avec plus de succès de l'année 2010 avec 2.050.000 euros son première week-end et plus de 315.000 spectateurs dans les salles [2]. Les jeunes connaissent ce film ; soit parce qu'ils l'ont aimé, soit parce qu'ils ne l'ont pas aimé, soit tout simplement parce que c'est le film qui a propulsé l'acteur Mario Casas vers la célébrité, et qui a marqué un avant et un après dans sa carrière et dans la vie de nombreux adolescents. Le film était deuxième trending topic mondiale en Twitter le jour de sa deuxième émission en télévision en Espagne #A3MSC [3] en 2013.

Le film raconte l'histoire d'amour d'un jeune couple, Hugo Olivera ou « H » que c'est comme tout le monde l'appelle, un jeune homme rebelle, de classe inférieure et difficile, et Babi, une lycéenne de 16 ans issue d'un milieu aisé. Le couple se rencontre par hasard un jour dans la rue, et tout au long du film, ils tombent amoureux et vivent leur histoire d'amour. Cependant, ils doivent surmonter les différents obstacles qui se dressent sur leur route. Comme l'opinion de leurs familles sur leur relation ou les problèmes entre leurs amis. C'est l'histoire d'un amour interdit entre deux jeunes gens de classes sociales différentes, qui ne devraient pas finir ensemble, On peut trouver une similitude à Romeo et Juillet dans ce cas.

Le film aborde des thèmes tels que l'amour adolescent en tant que thème principal, la rébellion, les classes sociales, l'adolescence, les barrières sociales imposées par la société et les expectatives de la famille.

Abordons tout d'abord la représentation de l'amour dans le film. Dans le film, la relation entre Babi et H est basée sur une taquinerie constante de l'homme à son égard. A de nombreuses reprises dans le film, H rit et se moque de Babi, tout cela dans le but de jouer avec elle et de finir par la conquérir. Il convient également de noter le passé de H et la façon dont il l'affecte dans le présent. H est une personne qui a des problèmes de colère, qui est violente et qui est poussée par ses impulsions.

Sa violence l'entraîne également dans plusieurs bagarres, et Babi, qui intervient parfois pour le séparer, finit par être battu par lui. Toutes ces attitudes plutôt négatives et dangereuses sont justifiées dans le film. Le personnage est justifié par son enfance difficile, Babi le prend en pitié et tombe amoureuse de lui, justifiant son comportement comme s'il était victime de son propre passé.

On peut voir cette justification dans les scènes entre les deux personnages et comment, même si H traite mal Babi, elle finit par lui pardonner et tombe de plus en plus amoureuse de lui. Comme lorsqu'il la trompe en lui disant qu'un chien les poursuit, de sorte qu'elle finit par tomber dans une flaque de boue, et que finalement ce chien n'existe pas, mais que Babi se retrouve seule en sous-vêtements à s'accrocher à H sur la moto sur le chemin du retour. Bien qu'elle semble d'abord en colère, elle se rend compte en rentrant chez elle qu'elle est tombée encore plus amoureuse de H.

Concernant la sexualisation des femmes dans le film. Le personnage féminin du film est sexualisé à la fois par le personnage masculin principal (H) et par le regard caméra. Peu après le début du film, lors d'une des premières rencontres entre les personnages, Babi reçoit de la boue sur ses vêtements et est forcée par H à se déshabiller et à ne rester qu'en sous-vêtements pour monter sur sa moto. Sous prétexte que ses vêtements sentent mauvais et qu'il ne veut pas la laisser monter sur sa moto. H est obligé d'opérer un demi-tour pendant qu'elle se change, mais finit par regarder dans le rétroviseur. Ici, on voit Babi dans un plan subjectif qui est le point de vue de H, en associant le regard de H au regard du spectateur aussi, ce phénomène apparait dans autres moments du film, on suivre le point de vue du personnage principal, son regard. Lorsqu'ils arrivent chez Babi, la même situation se répète, elle se retrouve à nouveau en sous-vêtements devant la caméra. Dans une autre scène, H saute dans la piscine avec Babi dans ses bras, et lorsqu'elle en sort, sa robe blanche est transparente, ce qui amène H à faire un commentaire sexuel à ce sujet.

Mais ce qui est le plus remarquable, outre la sexualisation constante des femmes tout au long du film, c'est le fait que le personnage de Babi est censé être mineur. C'est une fille qui va au lycée et qui n'a pas encore passé son baccalauréat, elle a donc moins de 18 ans. En même temps, H est un garçon plus âgé parce qu'il conduit une moto et qu'en Espagne, pour conduire ce type de moto, il faut avoir plus de 18 ans pour pouvoir avoir un permis. Il s'agit donc d'une sexualisation d'un mineur par un adulte, mais aussi d'une sexualisation par le regard masculin qui fait que le spectateur voit également le protagoniste sexualisé en permanence. Ainsi, bien qu'il s'agisse d'une situation fictive, le film normalise ce type de relation, entre une jeune fille mineure et un garçon plus âgé et troublé.

Si nous approfondissons ce concept de « male gaze », nous constatons que la femme apparaît comme un personnage secondaire au cours du film uniquement pour satisfaire les besoins du personnage principal. Et chaque fois qu'elle a une conversation séparée avec une de ses amies ou avec quelqu'un d'autre, c'est toujours en référence à quelque chose qui concerne directement le personnage masculin principal. Par exemple, les conversations que Babi a avec sa meilleure amie portent toujours sur H et sur ce qu'elle a fait avec lui ou si elle a commencé à l'aimer. De même, H a une intrigue en tant que personnage principal ; il essaie d'éviter d'être mis en prison parce qu'il a déjà accumulé une série d'accusations et que la prochaine accusation pourrait l'envoyer en prison. Il participe également à des compétitions de moto et fait des projets avec ses amis. C'est comme si Babi, tout au long du film, n'était qu'un complément pour raconter l'histoire de H.

En outre, la représentation de l'homme est, à mon avis, une représentation de masculinité plus traditionnel qui la représentation contemporaine de la masculinité. Il est dépeint comme un héros, comme un sauveur de femmes, pas du tout sensible, agressif, une représentation de la virilité et du pouvoir. Car dans une tentative ratée de justifier cette représentation de l'homme, on ajoute une intrigue de courses de motos illégales dans des polygones, des compétitions de domination entre hommes et une série d'activités dans lesquelles la testostérone abonde. Tout cela dans le but d'impressionner les femmes. Et cette intrigue n'apporte finalement rien d'intéressant ou de notable au film, si ce n'est de nombreuses minutes supplémentaires de métrage. En effet, les scènes de courses de motos sont répétées plusieurs fois dans le film, et la seule chose que l'on peut y rattacher est de mieux comprendre la mort du meilleur ami de H, qui meurt dans un accident lors d'une de ces courses. Mais cela détourne l'attention du spectateur du film, qui est d'abord une histoire d'amour, et n'apporte donc rien au film dans son ensemble.

En conclusion, bien qu'il s'agisse d'une histoire qui attire inévitablement le public adolescent puisqu'il peut se voir représenté dans certaines parties de l'histoire, c'est un film qui cache une histoire avec un fort « male gaze » qui laisse les femmes à l'arrière-plan. La sexualisation d'un personnage, qui n'est même pas majeur, est également inquiétante dans le point de vue de la loi (relation amoureuse entre fille 16 ans et garçon 21 ans). Enfin, la vieille représentation des hommes et de leur relation avec les femmes est également inquiétante, car elle peut amener ce public adolescent à prendre ce film comme un mauvais exemple à appliquer dans la vie.

Jorge Monzón

[1] Box Office Mojo https://www.boxofficemojo.com/release/rl822314241/weekend.

[2] Andrés, Tomás (2010), ‘3 metros sobre el cielo' rompe la taquilla, Sensacine https://www.sensacine.com/noticias/cine/noticia-18500923.

[3] (2013) «3 metros sobre el cielo» arrasa en las redes. ABC https://www.abc.es/tv/20130724/abci-tres-metros-sobre-cielo-201307241634.html.