Les costumes dans les comédies musicales hollywoodiennes et bollywoodiennes

Déclinaison du motif dans les séquences musicales

La comédie musicale a été traitée de bien des noms au fil de l'histoire : « Film de filles », « film léger » vu comme un genre dégradant, uniquement divertissant. Certains, iront même jusqu'à dire que « la comédie musicale procure trop de plaisir pour être considérée sérieusement [1] ». A cause de ces a priori, moins d'études ont été réalisées sur la comédie musicale comparée à des genres dits plus nobles comme le film noir. Cela est regrettable, car la comédie musicale ne cesse d'émerveiller le spectateur à la manière d'un « fantasme collectif, un rêve de groupe éveillé [2] ». C'est un genre libre qui nous fait voyager à travers ses couleurs, son esthétique et sa dimension sonore unique. Mon analyse portera sur les costumes dans les séquences musicales au regard de deux industries : Bollywood et Hollywood. Il s'agira de se demander comment les costumes dans les scènes de danse contribuent à l'esthétique visuelle et sonore et quels sont leurs rôles dans la diégèse. Dans une première partie, on se penchera sur l'esthétique visuelle et sonore des scènes de danse dans les comédies musicales Hollywoodienne et Bollywoodienne. Nous poursuivrons notre analyse sur le lien qu'entretiennent les costumes avec la diégèse et enfin nous nous pencherons sur des scènes musicales abstraites.

Une esthétique bien définie

L'extravagance des costumes

Certaines comédies musicales mettent en avant leur attrait pour les costumes, et ne cessent d'émerveiller le spectateur avec toujours plus de couleurs et de froufrous. C'est le cas par exemple de Hello, Dolly! (Gene Kelly, États-Unis, 1969). Le film pose une attention particulière sur les costumes qui ne cessent de nous surprendre par leurs couleurs et leur originalité. Les protagonistes se rencontrent dans une boutique de chapeau ce qui nous montre dès le début que les costumes ont une place centrale dans ce film. Ils sont également utilisés dans les chorégraphies de danse et mentionnés dans les paroles de chanson. C'est le cas dans une scène ou les personnages chantent « Put On Your Sunday Clothes » (00:31:00 à 00:35:00). Dans cette scène musicale, les personnages se parent de leurs plus beaux habits pour aller prendre le train. Tous les personnages féminins et masculins ont des chapeaux, des bérets, des canotiers ou encore des chapeaux melon qui sont dans les mêmes tons de couleur que leurs costumes et autres accessoires comme les ombrelles et les sacs à mains pour les femmes. Les accessoires font tous parti de la chorégraphie, ils dansent avec les personnages (voir image ci-dessus) . Les costumes ont donc une place centrale à l'image, car ils participent à l'esthétique visuelle mais aussi sonore : ils sont sans cesse mentionnés dans les paroles de la chanson : « sous ton chapeau melon, le monde est une chanson » « Sortez vos pèlerines, vos pantalons de flanelle fine… » Et comme si ce n'était pas assez, dans une scène qui se trouve vers la fin du film (01:44:36), Dolly porte une robe ornée d'or et de pierres précieuse qui « devient la robe la plus cher jamais réalisée pour le cinéma [3] ». Ce qui montre bien que les costumes détiennent une place spéciale dans la comédie musicale et permettent l'émerveillement visuel du spectateur. On remarque aussi que la comédie musicale ne cherche pas un réalisme absolu, les costumes sont faits avant tout pour faire une belle image, et rendre la séquence spectaculaire.

Les comédies musicales bollywoodiennes utilisent aussi la couleur et les costumes pour ajouter de la magie aux séquences musicales. C'est le cas par exemple d'une scène dans le film Mughal-E-Azam (Kamuddin Asif, Inde, 1960, 01:29:52 à 01:36:10) réalisé par K. Asif en 1960. Il est important de noter que la scène musicale dont il est question est la seule séquence en couleur du film dans sa version originale, ce qui marque son importance. La roturière Anarkali apparaît derrière des voiles de tissu et va effectuer une danse devant le prince Salim et ses parents avant de lui déclarer son amour en chantant. Cette scène est étincelante, les costumes des personnages et de la danseuse brillent de mille feux et les couleurs accentue cette explosion visuelle. Les bijoux de cheville de la danseuse sont ornés de grelots qui sont intégrés dans la musique et appuient l'esthétique éblouissante de la scène. André Gaudreault dira que la comédie musicale est une « manifestation visuelle [4] » et c'est ce que nous avons dans cette scène. Cette séquence est une rencontre visuelle très forte avec le spectateur d'autant plus qu'il vient de voir 1h30 d'image en noir et blanc avant cette scène. La chanson d'amour que chante l'actrice laisse le temps en suspens ce qui appuie l'euphorie de ce qu'on est en train de voir, le son « amplifie l'attraction [5] » de l'image comme le dit Viva Paci.

A travers ces exemples, on peut dire que les costumes participent à l'esthétique visuelle de la comédie musicale en ajoutant de la magie et que l'image est toujours relié au son qui souligne le côté spectaculaire de la scène en faisant voyager le spectateur dans « un rêve de groupe éveillé [6] ». Enfin, il est impossible de ne pas mentionner le décor dans cette scène qui nous offre un palais construit de toute pièce orné de miroirs qui reflètent les costumes brillants et les couleurs constituant presque un monde onirique aux mille reflets. Ce qui m'amène à parler du lien entre costumes et décors dans les comédies musicales.

Costumes et décors, une relation compliquée

En hommage direct à la scène des miroirs dans Mughal-E-Azam, Bhansali nous offre une scène similaire dans le film Bajirao Mastani (Sanjay Leela Bhansali, Inde, 2015) où décors et costumes se confondent dans une couleur monochrome dorée. Le scénario est le même que pour la séquence dans Mughal-E-Azam : Mastani une princesse doit danser en tant que courtisane et déclarer son amour devant le prince Bajirao et sa famille (à 00:50:31 00:56:11). La scène musicale s'ouvre sur un élément du décor : le plafond qui semble tracer un mandala de miroir. Après quelques secondes un travelling vertical nous fait découvrir la salle avec les premiers danseurs qui lancent la séquence en chantant. Nous avons ensuite un plan sur le prince qui regarde la scène et qui traduit le regard du spectateur, nous sommes dans l'attente de Mastani comme lui. Enfin, les rideaux s'ouvrent comme dans la scène de Mughal-E-Azam pour laisser apparaitre l'héroïne qui semble très petite dans ce décor majestueux. Les costumes, les bijoux, les accessoires et les instruments de musique sont tous dans la même teinte ocre et doré ce qui crée une unicité dans l'image. Mastani et ses danseuses portent des instruments de musique qu'on entend dans la bande-son, mais elles ne semblent pas en jouer. Ce qui fait naître un doute sur la source de la musique, c'est ce que Michel Chion qualifie de son « on the air [7] ». Il en est de même pour les clochettes accrochées aux chevilles des danseuses. A certains moments de la séquence, on les entend et on les voit puis dans d'autres plans, on les voit sans les entendre et vise et versa. Le son fait partie d'un tout à la fois visuel avec les instruments et les bijoux, et auditif à travers les chants, les bruits et la musique. A certains moments, ce sont les costumes qui prennent le dessus dans l'image en remplissant tout le cadre et à contrario dans d'autres plans, le décor surpasse tout par sa grandeur (voir image ci-dessus) . Les miroirs reflètent les danseuses et accroissent le mélange des costumes et des décors ce qui produit des plans géométriques et abstraits dont on parlera plus en détail dans une autre partie.

Côté Hollywood, Moulin rouge (Baz Luhrmann, États-Unis, 2001) semble aussi être un bon exemple du lien entre costumes et décors. Lors de la première apparition de mademoiselle Satine (00:14:22 à 00:22:20), l'actrice apparaît dans une pluie de confettis argentés qu'on entend à la manière d'une pluie de petites clochettes sur un trapèze orné de diamants. Ce qui concorde avec sa tenue et la chanson « Diamonds Are a Girl's Best Friend ». Nous avons ici un lien direct avec la robe argentée de Satine, le trapèze qui fait partie du décor et la chanson qui parle de diamants. Dans le plan ci-contre, on peut également remarquer une foule de spectateurs masculin qui observe le spectacle, ils font partie du décor. Leur chemise blanche brille en accord avec la tenue de Satine. L'éclairage joue aussi un rôle important dans cette scène, car il met en lumière certaines parties du décor et des costumes pour mettre en valeur Satine comme si c'était elle qui illuminait la scène à la manière d'un diamant. Ce plan, de la même façon que la scène dans Bajirao Mastani semble monochrome : on retrouve l'unicité des costumes et du décor au sein d'une même image. Ce qui tranchera avec la suite de l'extrait qui est beaucoup plus coloré notamment avec des teintes de rouge : la couleur de la passion, ce qui fera sens avec l'histoire du film. Toujours dans la même séquence musicale, nous assistons à un changement de costume de Satine et pour la cacher des spectateurs, les danseuses utilisent leur robe de french cancan : les costumes deviennent le décor et prennent toute la place dans le cadre.

On retrouve ce jeu entre costumes et décors également dans La Légende de Baahubali (S. S. Rajamouli, Inde, 2015), où un élément du décor participe à l'élaboration du costume dans une scène fantasmé par notre héros (00:20:43 à 00:26:10). Baahubali voit une femme qu'il essaye de rattraper, celle-ci semble pouvoir flotter et voler avec aisance, tandis que lui doit user de toute sa force et de son énergie pour la suivre. Lors de sa première apparition, des papillons se posent sur la femme en créant le haut de son costume avant de se disperser dans le décor. Ils réapparaîtront dans la scène finale pour fermer la boucle au moment où Baahubali arrive enfin à rattraper la femme mais elle se métamorphose en une nuée de papillons qui s'éparpillent à nouveau dans le décor.

A travers ces exemples, nous pouvons remarquer que ce soit à Hollywood ou à Bollywood, les décors ne sont pas faits pour apporter du réalisme, ils sont spectaculaires de la même manière que les costumes, ces deux éléments semble étroitement liés dans la comédie musicale et ils participent à lui créer une esthétique singulière.

Focalisation sur les claquettes

A l'inverse, il serait intéressant d'analyser des scènes musicales qui font l'objet d'une absence de décor comme dans Summer Stock (Charles Walters, États-Unis, 1952). Dans une des scènes (01:17:09 à 01:22:05), c'est un élément du costume qui va venir remplir la séquence grâce à sa dimension sonore : les claquettes. Gene Kelly se trouve dans les coulisses et une planche attire son attention parce qu'elle grince. Avec son pied, il va jouer avec ce bruit qui va l'inviter à faire un numéro de claquettes avec le peu d'objets qui se trouve autour de lui et qui vont venir s'intégrer à la bande-son. Nous avons vu que les costumes participaient à l'esthétique visuelle, mais ils participent également à la dimension sonore des scènes musicales. Nous l'avons un peu abordé avec les bijoux dans les scènes Bollywood et ici, ce sont les claquettes qui ont une place spéciale dans la bande-son des comédies musicales hollywoodiennes. On les retrouve dans Singin' in the Rain (Stanley Donen et Gene Kelly, États-Unis, 1952, 00:49:00 à 00:51:24) et de la même manière dont les costumes devaient « se battre » pour avoir le dessus sur les décors au sein de l'image et vice-versa, les claquettes font la même chose avec la bande-son. En effet, à certains moments, les claquettes sont fondues avec la musique, puis elles ont la bande-son à elle toute seule. Ou alors, la musique et/ou la chanson prend le dessus ne nous laissant que le visuel des claquettes sans le son. La comédie musicale dans son esthétique sonore, se sert souvent de « bruit » pour en faire une musique. On retrouve cette idée avec le parapluie dans la scène mythique de Singin' in the Rain (01:07:36 à 01:11:55) ou Gene Kelly, pendant son numéro de claquettes fait racler son parapluie contre le mur et ce bruit et intégré à la bande-son ce qui participe au rythme de la séquence. Dans certaines scènes de comédie musicale, la musique s'amuse même à faire du mickeymousing en imitant les pas des personnages qui font des claquettes. C'est le cas par exemple d'une scène dans Un Américain à Paris (Vincente Minnelli, États-Unis, 1951, 01:43:18 à 01:45:27) . Il y a sans cesse un jeu entre le son des claquettes et la musique. Les scènes de claquettes sont moins courantes à Bollywood mais on en trouve aussi comme par exemple dans le film Dhoom 3 (Vijay Krishna Acharya, Inde, 2013, 00:22:12 à 00:25:10). Le personnage principal se retrouve avec d'autres danseurs dans un décors très pauvre dans le même esprit que Summer Stock, mais cette fois-ci nous sommes dans un hangar industriel. Dans la première partie de l'extrait, le son et l'image se focalisent sur les chaussures des personnages qui nous offrent des sons différents en fonctions de la texture du sol. La musique vient ensuite s'interposer, mais c'est toujours le rythme des claquettes qui donne le ton de la musique et de la séquence.

A travers cette première partie, nous avons vu que les costumes dans les comédies musicales participent à créer une esthétique visuelle singulière mais aussi sonore qui transporte le spectateur dans un idéal. Il serait intéressant désormais de voir comment les costumes sont utilisés en tant qu'élément narratif dans les scènes musicales afin de participer plus largement à la diégèse du film en faisant avancer le récit.

Le rôle narratif des costumes

Les costumes qui « montrent pour raconter »

Que ce soit à Hollywood ou a Bollywood, le thème de l'amour est très souvent utilisé dans les comédies musicales. Il serait intéressant de comparer l'utilisation des costumes dans les séquences musicales qui parlent d'amour au regard de ces deux industries. Prenons le film La Légende de Baahubali sorti en 2015. Il y a une scène de danse qui s'apparente plus à du combat entre nos deux personnages (00:58:01 à 01:00:00) . Pendant cette scène, Shivudu profite du combat pour déshabiller sa partenaire. Le costume de la femme est fait pour apporter de la sensualité : elle se retrouve avec de moins en moins de tissu, les cheveux détachés et son partenaire lui applique également du rouge à lèvres et de l'eye-liner en se servant de fruits. Avantika se retrouve même sous une cascade d'eau ce qui colle ses vêtements à sa peau en la sexualisant encore plus. Cette scène rappelle le film Satyam Shivam Sundaram (Ray Kapoor, 1978) qui avait fait polémique en montrant une femme qui se lave sous une cascade en étant espionnée par un prince. Dans ces deux extraits, le costume est fait pour faire naître le désir du futur couple (et du spectateur) en érotisant le corps de la femme. Dans la suite de l'extrait de Baahubali, le couple chante ensemble et la femme déshabille également l'homme ce qui fait comprendre au spectateur qu'ils ont eu un rapport. Ce qui se passe dans la séquence musicale nous donne des informations sur le lien entre nos deux personnages, et même si c'est une séquence fantasmée, ça a vraiment eu lieu dans la diégèse du film ce qui permet de faire avancer le récit.

Passons du côté de la comédie musicale à Hollywood avec Grease (Randal Kleiser, États-Unis, 1978). Le film raconte l'histoire d'amour entre Sandy une fille de bonne famille et Danny un chef de gang plutôt « bad boy ». Dès l'introduction du film, on nous montre que les deux personnages ont des personnalités opposées ce qui se retrouve dans l'esthétique des costumes. Dans la première scène musicale (00:14:11 à 00:18:05) Sandy et Danny racontent leur histoire d'amour à leurs amis avec chacun leur point de vue. L'esthétique visuelle est clairement définie avec jean et blouson en cuir noir pour les garçons et des robes ou des pantalons mi-mollet aux couleur pastel pour les filles. Cette opposition de couleurs rejoint l'opposition de caractères entre nos deux protagonistes. Ce contraste est également appuyé dans l'extrait par ce que disent les personnages en chantant. Danny parle du physique de Sandy « Well, she was good, you know what I mean » tandis que Sandy insiste plus sur le côté romantique « He got friendly, holding my hand ». Nous avons à travers les costumes et la chanson une opposition des deux personnages, que ce soit physiquement ou dans leur personnalité. A la fin du film, (01:41:40 à 01:45:48) les deux protagonistes se retrouvent dans une fête foraine et Sandy a totalement changé de look. Elle est habillée de noir, les cheveux bouclés, elle a des talons, et elle est maquillée. En changeant de style vestimentaire, Sandy change également de personnalité : elle est provocante, elle fume. Nos deux personnages enlèvent leur veste. Ce bruit est intégré dans la bande-son pour marquer le début de la danse et Danny joue avec sa veste avant de la lancer par terre à la manière d'un stripteaseur. Nos deux amoureux se mettent ensuite à danser et à chanter ensemble « You're the one that I want » qui est le titre de la musique. Danny et Sandy se ressemblent désormais physiquement et dans leur caractère, leur couple peut donc avoir lieu ce qui est confirmer par la chanson qu'ils chantent en harmonie.

Le costume est aussi utilisé pour dénouer des nœuds narratifs dans le film sans avoir besoin des dialogues, « on montre pour raconter [8] ». Dans Bajirao Mastani, (01:58:30 à 2:02:00) Kashibai qui est la première femme légitime de Bajirao offre un sari à Mastani. Ce geste en dit beaucoup sur la relation entre les deux femmes. En lui offrant ce sari, le spectateur comprend que Kashibai reconnait enfin Mastani en tant que deuxième femme. Pour illustrer cette réconciliation, les deux femmes vont danser ensemble, elles sont mises en valeur de la même façon, elles portent autant de bijoux l'une que l'autre et leur sari sont dans les mêmes teintes, leurs différences de religion (hindou et musulmane) n'a plus d'importance, elles sont unies par leur amour envers le même homme.

Au-delà des scènes d'amour, les costumes peuvent aussi illustrer la vision d'un personnage. Dans une scène fantasmée par Jerry Mulligan (Gene Kelly) dans Un Américain à Paris, le protagoniste se retrouve dans un Paris imaginaire fait de crayon et de coup de pinceau. C'est le grand final de ce film, (1:35:18 à 01:52:14) qui demandera plus de 300 costumes pour 120 danseurs. La costumière Irene Sharaff avec un travail sur la matière et les couleurs nous offre « une harmonie des contrastes [9] » en cohérence avec les décors peints pour représenter la vision de Jerry qui est peintre.

A travers ces exemples, nous pouvons donc remarquer que les costumes servent au spectateur à mieux interpréter ce qu'il voit et ce qu'il entend, c'est une clef de lecture en plus pour comprendre le film que ce soit dans les films bollywoodiens ou hollywoodiens.

Enfin, après avoir vu que les costumes pouvaient être des outils narratifs pour faire avancer le récit au sein de la diégèse, il serait intéressant de voir à quoi servirait les costumes qui n'ont pas de but narratif, mais purement esthétique dans la comédie musicale.

Les costumes qui « montrent pour faire voir »

Gold diggers of 1933 (Busby Berkeley et Mervyn LeRoy, 1933)

Awaara (Raj Kapoor, 1951)


La comédie musicale, nous offre à certains moments des scènes ou des plans purement contemplatifs. Viva Paci dira en parlant des décors, de la lumière, mais aussi des accessoires et des costumes qu'« il s'agit d'éléments autonomes, qui se laissent admirer pour leur qualité plastiques, donnant au film un caractère visuel qui l'emporte par moment sur d'autres éléments [10] ». Pour illustrer cet exemple, Viva Paci utilise le film Gold Diggers of 1933 (Busby Berkeley et Mervyn LeRoy, États-Unis, 1933). Dans la scène finale, (01:23:31 à 01:27:41) nous avons des plans de pure abstraction sur les costumes ou les accessoires qui produisent des formes géométriques, représentant des fleurs (voir image ci-contre) ou encore des violons. Ici, les costumes ne participent pas à la narration, ils ont un pur but attractif, c'est la différence entre « montrer pour faire voir [11] » comme c'est le cas ici et « montrer pour raconter [12] » avec des costumes qui servent à la narration. Cette envie esthétique, se retrouve également dans le cinéma indien qui nous présente des scènes purement contemplatives. Dans Awaara (Raj Kapoor, Inde, 1951), le réalisateur se sert d'une scène de rêve dans un moment de pure expérience visuel et sonore (01:36:06 à 01:45:20) . Le rêve s'ouvre sur des monuments et des sculptures immenses entourés de nuages. Les costumes sont blancs et soyeux ils participent à l'idée qu'on se fait du paradis. De la même manière que dans Un Américain à Paris, la musique s'amuse à faire du mickeymousing avec les pas des danseuses. Cette séquence de danse trouve son esthétique dans la démesure et le spectaculaire qui à de quoi fasciner le spectateur à la manière du cinéma d'attraction. Cette volonté de fasciner le spectateur avec des plans inédit se retrouve souvent dans les séquences musicales et le côté attractif de l'image est d'autant plus puissant avec l'arrivé de la couleur. Les plans géométriques en plongée zénithale se retrouvent également dans beaucoup de films Bollywood. La couleur des costumes permet de créer des mandalas qui ne servent en aucun cas à la narration, ils ont un pur but attractif et d'abstraction.

Jodhaa Akbar (Ashutosh Gowariker, 2008)

Bajirao Mastani (Bhansali, 2015)


Pour conclure, les costumes font partie intégrante de la comédie musicale hollywoodiennes et bollywoodiennes. Ils participent à créer une esthétique visuelle et sonore unique qui fait voyager le spectateur. Souvent utilisés pour faite avancer la narration, ils aident à mieux comprendre le film en apportant des clefs de lecture en plus. Enfin, quand ils ne servent pas à faire avancer le récit, ils sont utilisés pour émerveiller le spectateur grâce à leur force d'attraction visuelle. Il serait également pertinent d'étudier l'impact de l'occidentalisation des films sur les costumes dans les comédies musicales bollywoodiennes.

Zoé Didier-Pichat

Cette analyse a été rédigée dans le cadre du cours de Licence 3 « De la comédie musicale, Hollywood et les industries indiennes », dirigé par Amandine D'Azevedo au premier semestre 2023-2024.

[1] N.T Binh, critique de cinéma.

[2] Marie Fourcade, « Bollywood et l'héritage du cinéma indien », in Monique Dagnaud et Kristian Feigelson, Bollywood industrie des images, Paris : Presses Sorbonne Nouvelle, 2012, p. 23.

[3] Isabelle Wolgust, Le Dictionnaire de la comédie musicale, Paris, Vendémiaire, 2018, p. 128.

[4] André Gaudreault, Cinéma et attraction. Pour une nouvelle histoire du cinéma, Paris, CNRS Éditions, 2008.

[5] Viva Paci, La Comédie musicale et la double vie du cinéma, Lyon, ALEAS, 2011, p. 55.

[6] Marie Fourcade, op. cit., p. 23.

[7] Michel Chion, L'Audio-vision : Son et image au cinéma, 1990, Armand Colin, 2013.

[8] Viva Paci, op. cit., p. 38.

[9] Isabelle Wolgust, op. cit., p. 26.

[10] Viva Paci, op. cit., p. 54.

[11] Ibid., p. 38.

[12] Ibid.