Une prouesse dans l'esthétique de l'animation

Demon Slayer : En route vers l'entraînement des piliers (Haruo Sotozaki, 2024)

Les fans de l'anime Demon Slayer ont pu se rendre dans les salles de cinéma durant un week-end exclusif, les 24 et 25 février, à l'occasion de la sortie du dernier film En Route vers l'entraînement des piliers. Revenons sur cette avant-première mondiale, marquée par la popularité grandissante des films d'animation japonaise en France et par leurs époustouflants effets visuels.

En quoi l'animation du film permet-elle l'immersion du spectateur dans l'univers fantastique de la série ?

Demon Slayer est un manga écrit par Koyoharu Gotouge, une mangaka japonaise. Le premier tome du manga sort en 2016 et est ensuite adapté en série animée en 2019. On compte en tout 4 saisons avec deux films, Le Train de l'infini sorti en 2021 et En route vers l'entraînement des piliers en 2024. La mangaka japonaise sortait son premier manga en 2013, appelé Kagarigari (Ceux qui chassent les chasseurs), représentant les prémisses de ce qu'aurait pu être Demon Slayer. En effet, on retrouve déjà son style de dessin singulier, des visages familiers et des traits caractéristiques de personnages ressemblant à ceux que l'on connaît aujourd'hui dans Demon Slayer.

La couverture de Kagarigari : corbeaux et katana

La couverture du tome 16 de Demon Slayer


Le dernier film Demon Slayer : En route vers l'entraînement des piliers sera projeté en salle en France pendant seulement deux jours, au cours d'une projection évènement exclusive, les dates ont été annoncées au 24 et 25 février 2024. En effet, la production japonaise s'est lancée dans une tournée internationale pour faire la promotion de la saison 4 de l'anime, débutée le 2 février au Japon. Les spectateur.ices ont donc pu visionner pendant ces deux jours un film de 2h10, composé du dernier épisode de la saison 3 sur l'arc des forgerons (un arc est un terme employé dans les séries d'animation japonaises pour décrire un arc narratif précis composé de plusieurs épisodes) et le premier épisode d'une heure de l'arc de l'entraînement des piliers reconverti en 4K pour l'occasion. Haruo Sotozaki réalise déjà depuis 2019 la série animée, accompagné par le studio d'animation Ufotable qui produit les épisodes.

Le lecteur.ice/spectateur.rice suit le parcours semé d'embûches du jeune Tanjiro Kamado, un jeune garçon devenu chasseur de démons, parcourant le monde avec sa sœur, Nezuko, elle aussi devenue démon. Ensemble, ils vont tenter de rendre à Nezuko son apparence humaine, et par la même occasion, se venger du démon ayant massacré leur famille.


Les avant-premières comme celles-ci sont de plus en plus fréquentes en France, notamment depuis l'essor du cinéma japonais avec les films du studio Ghibli. De fait, un précédent film, Demon Slayer : Le Train de l'infini (2020), avait même dépassé Le Voyage de Chihiro de Miyazaki, pourtant à la première place du box-office japonais depuis 20 ans, en terme d'entrées et de recettes (Le Train de l'infini : 32,5 milliards de yen de recettes contre 31,6 milliards pour Chihiro et 24 millions de spectateurs contre 23,5 pour le long-métrage de Miyazaki) et avait également remporté l'Anime Award du meilleur film d'animation de l'année (les Anime Awards sont des prix décernés chaque année par la plateforme de streaming Crunchyroll, afin de récompenser les meilleurs animes de l'année précédente).

Le Train de l'infini faisait le pont entre la fin de la première saison et la deuxième, disponibles sur Netflix et sur Crunchyroll, c'est-à-dire que le studio d'animation a décidé de prendre le dernier épisode de la première saison et le premier épisode de la deuxième, pour les condenser et en faire un film sorti au cinéma. Après un tel succès à l'international, le studio d'animation a décidé de réitérer l'évènement avec le film En route vers l'entraînement des piliers. Ufotable, le studio d'animation, a donc mis en place une tournée encore plus grande que la précédente, plus de salles, plus de villes partenaires, et pour les séances parisiennes la venue exceptionnelle du doubleur de la voix du personnage principal Tanjiro Kamado (doublé par Natsuki Hanae). De quoi faire plaisir aux fans de l'anime, repartant avec des goodies des personnages éponymes.

Le film nous embarque dans l'univers si singulier de Koyoharu Gotouge, avec des scènes de combat impressionnantes, comme dans les précédentes saisons. C'est un anime dont le point le plus fort est clairement basé sur les prouesses des effets visuels et de l'animation, notamment par la fluidité des scènes et les couleurs dégagées à l'écran. Le son joue aussi une place prépondérante dans la mise en scène du film, notamment au cinéma. Le sound design a été retravaillé exprès pour la sortie en salle et l'immersion des spectateurs.ices rendant aux scènes d'actions un véritable aspect épique. Le début du film met en place un genre de best-of des moments marquants des précédentes saisons, et globalement, on retrouve les personnages les plus appréciés, avec une touche d'humour et beaucoup d'émotion.

L'arc de l'entraînement des piliers se met en place, laissant aux spectateur.ices le temps d'apprendre à connaître ces personnages si charismatiques et leurs pouvoirs propres. Les piliers sont des pourfendeurs de démons maîtrisant chacun un élément spécifique. Par exemple, il y a le pilier du vent, de la roche, ou encore de l'amour. Ces humains sont considérés comme étant les plus forts des pourfendeurs de démons, et jusqu'ici les spectateur.ices ne les connaissent pas tous.tes. L'histoire en est encore plus exaltante, et truffée de plot-twists et de secrets dévoilés, notamment avec la découverte de certains de leurs pouvoirs.

De plus, le dernier épisode de l'arc des forgerons nous remémore ce qu'il s'était passé, et la transition avec la nouvelle saison est très bien faite. On est pris dans le film du début à la fin. Le public découvre aussi le nouvel opening de l'anime (générique de début) en exclusivité, chose importante car l'opening de Demon Slayer est très apprécié par les fans. En effet, le premier opening avait été interprété par LISA, une chanteuse japonaise très reconnue dans le domaine de l'animation où elle a déjà interprété de nombreux génériques, comme l'opening 1 Gurenge de Demon Slayer ou encore l'ending de la saison 2 de My Hero Academia. Le doublage est aussi d'excellente qualité, permettant aux personnages de transmettre de fortes émotions aux spectateur.ices.

De plus, le film a d'autres bons points, car l'histoire n'est pas si compliquée à comprendre et grâce au résumé au début, on peut avoir quelques clés de compréhension pour la suite, même si globalement tout est assez limpide, dans les grandes lignes, les démons sont à éliminer et les chasseurs de démons (ou pourfendeurs) là pour les tuer. Mais ce n'est pas si simple que ça, car le.la spectateur.ice est surpris.e par une scène étonnante. Lors d'un combat avec des démons, Nezuko est sur le point de mourir brûlée par le soleil (les démons sont forts la nuit mais meurent au contact de la lumière du soleil), son frère coure vers elle pour essayer de la protéger mais il est tiraillé par un choix, soit il la sauve elle, soit il sauve des villageois fuyant un démon. Le temps qu'il se décide le soleil atteint déjà sa petite sœur mais celle-ci n'est pas affectée par ses rayons. Nezuko n'est désormais plus un démon. C'était le plus gros retournement de situation auquel le.la spectateur.ice a pu faire face. De fait, c'est l'objectif qu'avait son frère depuis le début, de la rendre à nouveau humaine, et voilà que nous pouvons assister à cela en avant-première !

En effet, Tanjiro cherche à sauver sa petite sœur et lui permettre de devenir humaine à nouveau, tout en éliminant les démons qui sont sur son chemin. C'est d'ailleurs aussi pour l'histoire que les fans viennent au cinéma, sur grand écran, l'ambiance est différente, et les émotions décuplées. L'arc de l'entrainement des piliers se met en place, laissant aux spectateur.ices le temps d'apprendre à connaître ces personnages si charismatiques et leurs pouvoirs propres. Les piliers sont des pourfendeurs de démons maîtrisant chacun un élément spécifique. Par exemple, il y a le pilier du vent, de la roche, ou encore de l'amour. Ces humains sont considérés comme étant les plus forts des pourfendeurs de démons, et jusqu'ici les spectateur.ices ne les connaissent pas tous.tes. Gyômei Himejima, Le pilier de la roche Giyu Tomioka, Le pilier de l'eau L'arc se concentre donc sur ces personnages-là, entraînant les autres pourfendeurs de démons afin d'améliorer leurs capacités physiques ainsi que leurs aptitudes de combat. L'avantage avec Demon Slayer c'est que même quelqu'un qui n'apprécie pas les films d'animation ou n'en n'ayant jamais vu pourra y trouver son compte, tellement ces effets visuels nous impressionnent et permettent une immersion totale.


En revanche, Il est possible que le public n'ait pas apprécié le fait que le studio réemploie cette méthode de visionnage du premier épisode puis un récapitulatif et enfin le premier épisode inédit. Personnellement, j'avais fait exprès de ne pas voir le dernier épisode car je savais qu'ils allaient le replacer au début du film. Dans tous les cas, je me serais quand même rendue dans les salles de cinéma.

Pour conclure, oui, le film est un chef d'œuvre d'animation, et accompagné du son c'est vraiment une expérience à part entière. Le fait de voir à nouveau l'épisode crée une vraie sensation de visionnage de film car il n'y a pas de coupures, la transition est parfaite. La série animée devient l'espace d'un instant une œuvre cinématographique unique, permettant au spectateur.ice de le voir avant tout le monde et dans des conditions optimales.

Cependant, il est vrai que cela remet aussi en question les différentes œuvres qu'il nous ait donné de voir dans les salles obscures. Peut-être que la définition d'œuvre cinématographique est en train de changer ?

Bahia Grignard