Une adaptation qui oublie ses racines magiques

Fate: The Winx Saga (Netflix, 2021-2022)

Annulée après deux saisons, Fate: The Winx Saga est une adaptation Netflix d'une série animée populaire : Winx Club (2004-2019, Italie, Rai). Cette adaptation est-elle parvenue à capter l'essence de sa source ?

Au début des années 2000, beaucoup de filles (et pas seulement les filles) voulaient être des fées ou d'autres créatures magiques. Cette tendance a été influencée par de nombreux dessins animés et séries télévisées mettant en scène des adolescent.e.s doté.e.s de pouvoirs magiques extraordinaires qui sauvent le monde (H2O: Just Add Water, 2006-2010, Australie, Network Ten ; W.I.T.C.H., 2004-2006, États-Unis, ABC) etc). La série télévisée d'animation Winx Club est un des exemples les plus influents de l'époque qui a laissé une très grande impression sur la génération, « la gen Z » en particulier. L'histoire tourne principalement autour d'une fille de 16 ans, Bloom, qui était toujours fascinée par la magie, et après un événement étrange elle découvre ses forces magiques et avec Stella, une fée qu'elle a rencontre, elle se rend à l'univers magique Magix, pour étudier à l'école pour les fées Alféa. Elle y rencontre des autres filles avec des forces magiques : Flora, Musa, Tecna et (au deuxième saison) Aisha. L'amitié forte de 6 fées-adolescentes, leurs aventures palpitantes en combinaison avec les tenues à la mode des années 2000 ont créé une franchise médiatique solide avec une grande fanbase. L'univers coloré du réalisateur italien et créateur de Winx, Iginio Straffi, n'était pas dépourvu de thèmes parfois très sombres, mais aussi d'une morale et de problèmes qui trouvaient un écho chez les enfants et les adolescents. Par contre, l'adaptation de Netflix, sortie en 2021, Fate: The Winx Saga, créée par Brian Young, n'a pas connu le même succès auprès du public ce qui semble être le cas de grand nombre des adaptations de Netflix (ex. Death Note, 2017).

Dans une première saison, au centre de narration est Bloom qui découvre ses pouvoirs magiques basés sur le feu - tout comme dans la série d'animation, mais c'est presque tout ce que la série a en commun avec la source primaire. Elle arrive à l'école de la magie Alféa qui, contrairement à l'originale, se situe dans Otherworld qui existe en parallèle avec First World (la Terre), pour apprendre à contrôler ses pouvoirs, ou elle rencontre d'autres fées qui, supposément, deviennent ses amies. Pourquoi supposément ? Parce que la série ne propose aucun développement solide pour cette amitié. Au cours de 6 épisodes, on n'a que quelques scènes de toute l'équipe ensemble ; les relations entre les filles ne se développent pas, et au dernier épisode on veut nous faire croire que ce sont des vraies amies, bien que la plupart de la saison elles ne fassent que se chamailler.

L'un des problèmes principaux c'est l'auto-définition de série en tant qu'une « adaptation live-action » qui a fait une partie de marketing, parce que, à part des noms de personnages, il n'y a rien qui fait la référence à l'original : dès la caractérisation des personnages (on ne même parle pas d'absence de personnage de Tecna, une fée de la technologie et l'une des personnages principales de la série animée) jusqu'au l'univers magique elle-même. Dans cette situation, on peut se poser une question légitime : pourquoi faire des adaptations qui répètent complètement l'intrigue du matériel source ? Mais en même temps, si on a choisi de faire une adaptation et qu'on ne respecte pas l'univers original, pourquoi l'a nommée de la même façon ? Cela ne fait que jouer sur les sentiments et les attentes de fans déjà adultes. Non seulement les créateurs ont choisi de débarrasser de toute la magie qui enveloppait le dessin animé mais aussi le whitewashing [1] des personnages a fait beaucoup polémique. Winx Club a été connu par son inclusivité et la représentation, et grâce à ça beaucoup de jeunes filles pouvaient s'identifier avec leurs personnages préférés. Chaque personnage avait un prototype parmi des femmes célèbres des années 2000. Ainsi, Musa, Flora et Aisha ont été inspirées par Lucy Liu, Jennifer Lopez et Beyoncé respectivement. Dans une série de Netflix, les rôles de Musa qui est d'origine est-asiatique, plus précisément d'origine chinoise qui était crucial pour son personnage, et de Flora (Terra) qui est d'origine latine comme Jennifer Lopez, ont été joués par deux actrices blanches. En plus, le personnage d'Aisha, la seule femme de couleur dans le casting principal, est devenu « token black friend [2] » dont le rôle n'était qu'aider le personnage de Bloom. Les créateurs de la série ont complètement dépouillé Aisha de son caractère combatif et flamboyant et lui ont même retiré son statut de princesse.

Cependant, Aisha n'est pas le seul personnage dont la motivation n'est pas claire. Presque tous les personnages à la fin de la saison restent aussi peu connus qu'au début, et le spectateur ne comprend toujours pas quels étaient leurs objectifs. Mais les personnages mal écrits ne sont pas le seul défaut du scénario. L'ensemble de l'intrigue reste très peu développé et chaotique : les monstres Brûlés (que, honnêtement, j'aimerais appeler demogorgons (cf. Stranger Things, 2016-présent)), qui viennent de nulle part et dont on ne sait pas très bien qui ils sont ; l'absence presque totale de magie, pour laquelle la série animée originale était appréciée, ne peut pas non plus être justifiée de quelque manière que ce soit : pendant 6 épisodes, nous n'avons pas vu plus de 3 scènes où les fées apprennent vraiment à conjurer et à contrôler leurs pouvoirs, donc la fin « étonnante » avec la transformation de Bloom en une vraie fée avec des ailes, alors qu'elle n'a jamais réussi à faire face à ses pouvoirs correctement auparavant, semble absolument ridicule.

Il est difficile de mettre tout cela sur le compte d'un mauvais scénario, alors que le problème le plus grand de la série est qu'elle ne sait pas à quel public elle s'adresse. Pour les anciens fans de la série animée, cette adaptation ressemble à un crachat moqueur dans leur direction, et pour la nouvelle génération et les nouveaux spectateurs, il s'agit simplement d'une autre série sur les adolescents (joues par les acteurs plus proches de leurs trentaines d'années), qui en sont déjà pleins. En prenant la direction des typiques séries télévisées pour les adolescents et en appliquant tous les clichés et les archétypes qu'on a l'habitude de voir sur l'écran pour que le public cible qui, on peut supposer, est l'adolescence, « puisse s'identifier », cela rend la série tout simplement ennuyeuse et ne la démarque pas parmi d'autres.

Parmi beaucoup de critères qui nous aident à définir la qualité d'une adaptation, tels que l'adéquation de la narration et de l'univers, la fidélité de la représentation des personnages déjà connus et aimés par le public, la question courante des adaptations cinématographiques reste la balance entre la reproduction intégrale de la source primordiale et le recyclage total. Le cas de Fate est, malheureusement, une adaptation très pauvre qui n'a rien à avoir avec Winx Club qu'on connait. En ajoutant des nouveaux détails dans son intrigue, elle oublie complètement ses racines magiques et crée un nouvel univers avec des personnages, des règles et la magie inconnus, qui ne fait que jouer sur la nostalgie. La seule chose positive qu'on obtient après avoir regardé cette adaptation, c'est le désir de re-regarder la série d'animation originale.

Liubov Sadikova

[1] Whitewashing : terme qui désigne les personnages de couleur joués pars des acteurs blancs.

[2] Token black friend : le personnage noir dont le rôle soit tourne quasi exclusivement autour d'un personnage blanc, soit constitue une tentative consciente de la part du scénariste (blanc) de paraître inclusif.