Un spectacle de couleurs et de lumières
La La Land (Damien Chazelle, 2016)

Après le succès de Whiplash sorti en 2014, Damien Chazelle se lance dans une nouvelle aventure avec la réalisation de La La Land en 2016. Il combine une esthétique époustouflante et des couleurs vivantes qui évoluent au fil du récit, le tout agrémenté d'une bande originale aussi dévastatrice que magnifique. Ou comment une relation conflictuelle entre deux doux rêveurs aux aspirations opposées atteint un point de non-retour, tout cela dans une comédie romantique et musicale que l'on n'est pas prêt d'oublier.

La La Land, c'est une ode à Los Angeles, le monde des rêves et une déconnexion de la réalité dans laquelle tout devient possible. Mais c'est avant tout plusieurs histoires d'amour. L'histoire d'amour entre Mia (Emma Stone) et le Cinéma. L'histoire d'amour entre Seb (Ryan Gosling) et le Jazz. Et l'histoire d'amour entre Mia et Seb. C'est un film sur la rencontre, l'entrechoquement de ses amours et de ses rêves mais aussi sur les sacrifices nécessaires pour les réaliser.
N'étant pas une très grande fan de comédie musicale de base, ce film m'a tout de suite réconciliée avec ce genre dès mon premier visionnage. Je trouve que l'atmosphère vivante mais aussi très réaliste de ce film n'est comme nulle autre, elle nous emporte durant 2h08min, et nous fait vivre différentes émotions au fil de l'histoire : la joie, la colère, la tristesse et l'acceptation. Je pense que c'est un film qui porte un message très fort, celui que même si l'on aime une personne, ce n'est pas forcément le bon moment, et qu'il faut être capable d'y renoncer afin de réaliser ses rêves, car parfois on ne peut pas tout avoir et vivre le happy end du rêve américain.


Dès la scène d'ouverture, on peut déchiffrer le reste du film à travers la chanson Another Day of Sun de Marius de Vries, c'est des paroles qui nous renvoient plus tard dans le film à Mia et Seb, ainsi qu'à leur relation. “A Technicolor world made out of music and machine. It called me to be on that screen” (“Un monde Technicolor fait de musique et de machines. Il m'a appelé pour être sur cet écran”). Je pense que c'est une des scènes les plus importantes, car même si c'est une scène très joviale, elle nous annonce la couleur pour la suite.


En parlant de couleur, c'est une chose très présente à l'écran chez Damien Chazelle, et encore plus dans La La Land. Ce qui nous interpelle le plus dans chaque scène, ce sont les harmonies de couleurs. Dans le début du film, lors d'une soirée, Mia enfile une robe bleue, qui est une couleur qui sera très présente lorsqu'il sera question du “rêve” dans le film. C'est une couleur qui va dominer l'atmosphère autant du côté de Mia que de Seb dans les premières scènes. Ensuite, c'est le jaune qui arrive, encore une fois, sous la forme d'une des robes de Mia, c'est une couleur qui va mettre en lumière le personnage, car Mia est celle qui incarne les valeurs de la modernité, de l'avenir. C'est également dans cette scène que Mia et Seb ont une première vraie discussion. Lorsque Mia et Seb commencent à se voir, le bleu les entoure à nouveau, surtout dans les lumières, l'atmosphère des pièces environnantes. Ce qui peut rappeler aux spectateurs, les rêves omniprésents des deux personnages qui parlent de leur passion l'un avec l'autre. Pendant une bonne partie du film, c'est le bleu qui domine car les rêves sont encore réalisables pendant que leur amour évolue.


Lorsque Seb reçoit une proposition de travail de la part de son vieil ami, les couleurs changent. Le rose rentre alors en place, notamment pour mettre en avant le dialogue de Mia et Seb sur sa future représentation de one-woman show. Dans cette scène, Mia va montrer sa fragilité à Seb, c'est une couleur qui va accentuer les sentiments autour du personnage féminin, en le mettant en lumière. Le vert fait aussi son apparition, il représente leur vie commune, leur jeunesse partagée. C'est durant ces moments-là, qu'on a vraiment l'impression de rentrer pour la première fois dans l'intimité des personnages et de leur couple, d'outrepasser les rêves et d'assister à la réalité. Lorsque Seb fait son premier concert, le rouge s'approprie l'écran, il nous renvoie à l'ambition de Seb, son début de gloire, mais aussi le danger qui rôde maintenant autour du couple. Suite à ça, le vert qui va reprendre possession de l'écran, mais sous une forme d'intimité différente, dans laquelle on peut déceler la jalousie présente dans le couple, et le début de leur fin.
Enfin, la couleur qui va causer une première rupture apparaît. Le violet. “It's over.” “What is ?” “It's over.” “What ?” “All of this. I'm done embarrassing myself. I'm done. I'm done. Nobody showed up” (“C'est terminé”, “Qu'est-ce qui est terminé ?”, “C'est terminé”, “Quoi ?”, “Tout ça. C'est bon j'en ai marre de me ridiculiser. Terminé. Terminé. C'était vide, il n'y avait personne”). Le personnage de Mia perd toute motivation, tandis que Seb n'est pas arrivé à temps à son one-woman show.

Le violet est une couleur très importante dans la fin du film, car ici, elle représente les scènes de rupture, de séparation mais également l'acceptation des personnages quant à leur avenir mutuel. Durant la totalité du film, les trois amours respectifs vont tenter de cohabiter ensemble, sans succès, car la rupture finit par inévitablement arriver. Chacun des personnages veut vivre son rêve, chacun à sa propre ambition, mais ensemble, ce n'est pas quelque chose de réalisable car l'un d'eux devra abandonner son rêve, sa passion, afin de permettre à l'autre de réaliser son rêve. C'est une réalité à laquelle les personnages sont très vite confrontés, ils sont la bonne personne l'un pour l'autre, mais ce n'est pas le bon moment pour eux. Mia et Seb vont s'encourager une dernière fois, Seb va pousser Mia à poursuivre son rêve, à ne pas abandonner, et à devenir la grande actrice qu'elle a toujours aspiré à être.




L'épilogue du film se déroule 5 ans plus tard, lorsque les deux personnages ont finalement réalisé leurs rêves. Mia et Seb se revoient une dernière fois dans le bar de Jazz de Seb qu'il rêvait d'ouvrir. Le bleu refait son apparition une dernière fois, comme pour accentuer cette tristesse un peu amère de cet instant. Seb commence à jouer le thème de “Mia et Seb” au piano, et s'imagine un idéal dans sa tête, où lui et Mia auraient eu une autre vie. Une sorte de “et si ?” prend place, autant dans l'esprit du personnage que dans celui des spectateurs. Un “et si ?” dans lequel, Mia et Seb seraient toujours ensemble, dans lequel Seb n'aurait pas ignoré Mia le soir où ils se sont vus dans le restaurant, dans lequel il n'aurait pas accepté la proposition de son ami, dans lequel il ne serait pas arrivé en retard au spectacle de Mia et dans lequel il l'aurait suivi à Paris. Mais la conclusion reste la même dans les deux cas, si tout cela était arrivé, c'est Seb qui aurait dû renoncer à son rêve.
Cette séquence de “vie rêvée” est importante, car elle nous montre une fin réelle, qui est juste dans l'accomplissement professionnel des deux personnages, certes c'est une fin avec un goût d'amertume et de mélancolie, mais c'est une fin qui reflète la réalité, que parfois, il faut savoir renoncer à une chose afin de pouvoir se consacrer à une autre. Tout au long du film, l'esthétique et les couleurs vont s'accorder aux personnages et à leur évolution, elles vont permettre de mettre en avant les personnages à l'écran et d'accentuer certaines émotions, certaines scènes. Le film explore cette relation amoureuse afin de mettre en lumière la réalité de certaines histoires d'amour. Chaque être humain peut être ambitieux, peut rêver d'une chose, mais lorsque cette ambition se retrouve en conflit avec le bonheur d'un amour, d'une relation avec un autre être humain, il faut savoir faire la part des choses et prendre les bonnes décisions pour soi-même. Dans La La Land, durant la fin du film, les personnages tout comme le spectateur sont en acceptation avec la réalité. Le film se termine sur un regard et un sourire échangés, remplis de milliers de sous-entendus et une compréhension mutuelle de l'un et de l'autre.


India Gasselin